LE JUDAÏSME LIBÉRAL – OÙ, QUAND ET COMMENT ?

1 / Les débuts


Moïse Mendelssohn :
  • Moïse Mendelssohn (1729-1786) est le précurseur du judaïsme libéral en ce qu’il représente le « premier juif moderne ». Adepte de la haskala, les « Lumières juives », il tente auprès de ses co-religionnaires d’ouvrir le judaïsme traditionnel à la modernité, et en sens inverse, cherche à convaincre les élites intellectuelles et politiques allemandes de la dignité et de la modernité du judaïsme.
  • Son œuvre principale, Jérusalem ou pouvoir religieux et judaïsme(1983) comporte deux volets. Dans sa partie politique, il affirme d’une part le principe de conscience individuelle en refusant à toute institution religieuse le droit de contraindre ou de punir. Il défend, d’autre part, la cause du judaïsme, en développant l’idée que la foi religieuse ne doit en rien constituer un obstacle à l’acquisition de la citoyenneté.
  • Dans la partie théologique, Mendelssohn cherche à établir un équilibre entre les vocations universaliste et particulariste du judaïsme, et propose sa fameuse théorie selon laquelle le judaïsme ne serait pas une « religion révélée » mais une « Loi révélée ».
  • Malgré une idée répandue, M. Mendelssohn n’est pas le fondateur de la Réforme. Si sa conception rationnelle du judaïsme, en effet, lui fait argumenter de sa modernité, il en a cependant une vision statique, où l’évolution ne joue aucun rôle. Malgré tout, sa vie et son œuvre ont ouvert la voie à l’idée que le judaïsme pouvait pleinement participer de la modernité.
Amsterdam, 1795 :
  • C’est dans la foulée de la Révolution française, et dans le cadre de l’éphémère République Batave (1795-1806), qu’eut lieu la toute première expérience du libéralisme. A Amsterdam en 1795 se constitua une société appelée Felix Libertate, dont le but principal était l’émancipation, mais aussi une volonté de changement dans le domaine du culte.
  • Inaugurée en 1797, conduite par le rabbin suédois Izak Graanboom, la nouvelle communauté introduit les premières réformes liturgiques : suppression des répétions dans la prière, sermon à vocation spirituelle dans la langue du pays, distribution des honneurs de montée à la Torah non fondée sur le statut social.
  • L’expérience ne se prolonge pas au-delà de 1808, lorsque Louis Bonaparte met fin à la République Batave. La communauté est alors réunifiée aux autres en un consistoire unique pour toute la Hollande. Les réformes sont abandonnées, mais l’expérience a prouvé qu’elles étaient possibles…
Israël Jacobson et le Temple de Seesen :
  • La première phase de la réforme n’a pas été l’œuvre de rabbins ni d’intellectuels, mais de fidèles qui souhaitaient vivre les offices à la synagogue en harmonie avec les aspirations spirituelles du temps. L’un de ces militants les plus remarquables fut Israël Jacobson (1768-1828).
  • Homme d’affaires, président du Consistoire du Royaume de Westphalie (1807-1813), Israël Jacobson crée en 1810 le premier temple réformé, avec orgue et clocher, à Seesen dans le nord de l’Allemagne.
  • Cherchant, comme Mendelssohn, à démontrer que le judaïsme avait sa place au sein des religions modernes, il rénove les formes extérieures du culte. La séparation des sexes est conservée, mais la liturgie est raccourcie, l’orgue accompagne les prières et les sermons sont délivrés en allemand.
  • L’expérience, à nouveau, ne perdure pas au-delà de la chute du Royaume de Westphalie en 1813. D’autres tentatives suivent à Berlin (1815) et à Hambourg (1818), mais si elles furent brèves, elles eurent le mérite de montrer concrètement que le judaïsme pouvait évoluer sans se disloquer. Le bilan, ainsi, n’était pas négatif, mais pour se développer, la Réforme devait approfondir ses idées et son armature intellectuelle.
La Wissenschaft des Judentums (« science du judaïsme ») :
  • De nouveaux ferments intellectuels et religieux se mettent en place dans les années vingt du 19è siècle. Parmi ceux-ci, laWissenschaft des Judenthums, un programme intellectuel novateur, qui entreprend un examen scientifique du judaïsme. Cette attitude, consistant à prendre la tradition comme objet d’étude là où elle avait toujours été « objet de vie », était tout simplement révolutionnaire.
  • Le texte fondateur de la Wissenschaft est le manifeste d’Immanuel Wolf en 1822, et M. Mendelssohn peut en être considéré comme l’inspirateur lointain. L’un de ses plus grands érudits, Léopold Zunz (1794-1886), n’aura de cesse de plaider pour la reconnaissance du judaïsme et de sa littérature dans l’enseignement universitaire.
  • Bien que distinct de la Réforme, la Wissenschaft a fondé les bases intellectuelles de celle-ci en mettant à sa disposition un concept-clé : l’évolution. La conséquence a été une révolution dans la manière de concevoir la tradition : contrairement à la présentation de l’orthodoxie, le judaïsme, en fait, avait toujours été évolutif.
Une nouvelle génération de rabbins :
  • Les premiers pas de la Réforme ont été accomplis par des laïques, et il a fallu attendre les années vingt du 19ème siècle pour que des rabbins, ayant suivi une formation universitaire, se joignent à la cause. Ils proposent alors, au-delà de simples aménagements liturgiques, un cadre théologique et une structure intellectuelle sérieuse pour la Réforme ; le plus connu d’entre eux fut le rabbin Abraham Geiger (1810-1874).
  • Deux événements ont donné une visibilité à l’émergence de cette génération. L’édition, tout d’abord, par la communauté de Hambourg en 1841, d’un siddur (« livre de prières ») pensé et rédigé selon les lignes de la Réforme. Cette édition a soulevé une forte opposition, et a donné lieu à un échange de responsa entre les tenants de la réforme et leurs opposants qui peut être tenu comme la première formation de deux camps bien distincts, la « Réforme » et « l’orthodoxie ».
  • L’autre événement fut l’invitation faite à Abraham Geiger en 1839 de devenir le rabbin de la communauté de Breslau. Les « orthodoxes », là aussi, s’opposèrent à sa venue au nom du fait que Geiger avait une approche critique et scientifique vis-à-vis des sources du judaïsme. Là aussi, l’événement est à bien des égards fondateur de ce que le judaïsme, par la suite, sera irrémédiablement divisé en « dénominations ».
L’importance d’Abraham Geiger :
  • Abraham Geiger mérite sans conteste le nom de fondateur du judaïsme libéral. Ayant reçu une éducation traditionnelle, d’une érudition précoce, son éminence intellectuelle a été reconnue par tous, ainsi que ses talents d’orateur. Il a publié ses vues dans de nombreux écrits à haute valeur scientifique, où il donne au judaïsme libéral ses fondations théologiques, et assigne des objectifs au mouvement de la Réforme.
  • Son influence peut être exprimée par deux idées-clés. Par ses travaux scientifiques sur le Talmud, il démontre d’une part que chaque époque du judaïsme n’est pas le simple prolongement des époques antérieures, mais cherche à exprimer son propre point de vue ; il en vient ainsi à comprendre la Loi juive sous l’angle de l’évolution constante. Il est faux, découvre-t-il, de postuler unehalakha immuable comme base de la continuité du judaïsme ; celle-ci ne fait qu’exprimer, au contraire, son incessante créativité. C’est cette évolution permanente qui constitue le véritable héritage de la tradition.
  • Geiger, par ailleurs, pousse la logique de l’évolution jusqu’à son terme. Si les textes traditionnels témoignent en fait des évolutions historiques, alors la Réforme, dans le présent, ne constitue nullement une rupture, mais sa continuation logique. Ce que l’histoire a produit, l’histoire peut aussi le défaire ; la chaîne de la continuité peut toujours être reforgée dans des liens nouveaux.
  • On saisit ce qu’a apporté A. Geiger que n’ont pu offrir les premiers réformateurs. Sa profonde connaissance des textes rabbiniques, tout d’abord, lui permet d’éviter « l’anti-talmudisme » primaire, et de revendiquer les textes traditionnels comme sources d’inspiration actuelle. Enfin, son véritable coup de génie a été de présenter la Réforme, avec les notions d’évolution et de créativité inhérente à la Loi juive, comme une continuation de la tradition et non une rupture.
Les trois Conférences rabbiniques :

C’est au milieu du 19è siècle que la Réforme se structure comme une approche distincte du judaïsme. Après les travaux de la Wissenschaftet les écrits de Geiger, les trois conférences rabbiniques de Brunswick (1844), de Francfort (1845) et de Breslau (1846) permettent aux rabbins de clarifier les idées et le programme de la Réforme.

La conférence rabbinique de Brunswick (1844) :

  • Cette première réunion était destinée à la communauté juive allemande dans son ensemble. Seul le refus d’y participer de la part des rabbins opposés à tout changement lui donna, a posteriori, sa couleur « libérale ».
  • Bien que peu de résolutions aient été votées à Brunswick, l’assemblée suscite une véhémente opposition. Alors que ses participants se considèrent comme des préservateurs du judaïsme, leurs opposants les voient comme des destructeurs de la Loi juive. Il devint clair, désormais, que « l’orthodoxie » s’opposait à la « Réforme » sur la façon globale de concevoir le judaïsme.

La conférence de Francfort-sur-le-Main (1845) :

  • Dans une ambiance empreinte d’universalisme, les rabbins adoptent nombre de résolutions portant sur la liturgie : suppression de l’office de moussaf à Shabbat (correspondant à l’offrande supplémentaire apportée au Temple le Shabbat), suppression des prières de restauration des sacrifices ; adoption du cycle triennal de lecture de la Torah (fondé sur la pratique en Terre d’Israël à l’époque talmudique) ; permission de jouer de l’orgue lors des offices de Shabbat, y compris par une personne juive.
  • Le trait saillant de la conférence, cependant, est le départ du rabbin Zacharias Frankel (1801-1875). Suite à une résolution affirmant que l’hébreu n’était pas objectivement nécessaire pour les offices, Frankel, en effet, quitte la conférence. Il fonde peu de temps après le courant « positif-historique » du judaïsme, ancêtre du mouvement conservative (massorti).

Le congrès de Breslau (1846) :

  • C’est au cours de la discussion sur le Shabbat, principal sujet de la conférence, que le rabbin Samuel Holdheim (1806-1860), représentant la tendance radicale de la Réforme, avance sa fameuse proposition de transférer le Shabbat au dimanche (cette suggestion radicale ne fut pas adoptée).
  • D’autres décisions sont également prises concernant les Fêtes, la circoncision et le deuil. Sur les jours de Fête, les rabbins sanctionne ce qui était déjà le cas, à savoir la non-observance des deuxièmes jours de Fête. Quant au statut des femmes, une commission préparatoire avait proposé l’égalité devant les commandements, et le fait de compter dans le minyane. Le manque de temps, toutefois, ne permet pas le vote, tout comme sur le sujet des lois alimentaires.

2 / La diffusion du judaïsme libéral :

2.1 / En Europe :
  • La haskalah et le mouvement de Réforme religieuse ont l’Allemagne pour berceau, mais leur influence s’étend bien vite à l’Est, où M. Mendelssohn est très rapidement lu. La haskalahdevient un phénomène européen et la centralité de Berlin s’estompe.
  • Les idées de la modernité se diffusent ainsi en Autriche, en Hongrie, en Russie, ou encore en Galicie. Deux grandes figures de la haskalah galicienne, par exemple, sont Nahman Krochmal (1785-1840) et le « Shir », Sh. Y. Rapoport (1790-1867). Le trait marquant de ces Lumières est-européennes est le spectaculaire développement d’une littérature en hébreu, prémices de sa renaissance en tant que langue moderne. Le sionisme y a également une grande audience.
  • Cet esprit nouveau se voit relayé sur le plan communautaire par la création de synagogues réformées. Ainsi au Danemark en 1817, à Vienne en 1826, ou en Hongrie dans les années 50. La Réforme, cependant, y reste beaucoup plus minoritaire qu’en Allemagne.
2.2 / La Réforme aux Etats-Unis :

Fait majeur pour l’histoire de la Réforme, elle s’exporte au milieu du 19è siècle vers les Etats-Unis. Le judaïsme libéral s’y développe sur des bases spécifiquement américaines, de manière d’autant plus décomplexée qu’il sera exempt de l’antisémitisme et des régulations politiques propres au Vieux continent.

  • C’est en 1827 à Charleston, Caroline du Sud, qu’est créée Beth Elohim, la première communauté libérale, mais il faut attendre l’arrivée d’un nombre important de juifs en provenance de l’Europe de l’Est, à partir des années 1830, pour parler d’un développement du judaïsme, libéral en particulier. La population juive aux Etats-Unis, de 3000 personnes en 1820, compte 150 000 personnes en 1860.
  • Sur le plan de l’orientation religieuse, l’idée selon laquelle de nombreux immigrants ont amené le judaïsme réformé dans leur bagage est erronée ; il faut penser la Réforme américaine non comme une importation, mais plutôt comme un développement propre aux Etats-Unis, expression de sa sociologie religieuse avant la guerre.

La scène américaine connaît, comme en Allemagne, une opposition entre réforme radicale et modérée, la première soutenue par Isaac M. Wise (1819-1900), la seconde incarnée par David Einhorn (1808-1900).

  • Après un extraordinaire développement sur le terrain et la promotion d’une pensée pragmatique, qui convenait à la volonté des immigrants de s’intégrer dans la société américaine, le temps se fait sentir d’une clarification idéologique entre les différentes tendances, c’est la position radicale qui devient progressivement dominante au sein du judaïsme réformé américain.
  • En 1885 est ainsi rédigée la Plate-forme de Pittsburgh qui définit les grandes lignes du mouvement libéral américain. Ses résolutions portent la marque d’une approche très libérale et universaliste. Ne sont considérées contraignantes que les lois morales, et bonnes à conserver que les « seules cérémonies … en mesure d’élever et de sanctifier nos vies, … rejetant toutes celles qui ne sont pas adaptées aux conceptions et aux usages de la civilisation moderne… ». Le peuple juif n’étant plus défini « comme une nation mais comme une communauté religieuse », le retour en Palestine n’est pas envisagé favorablement. C’est cette position qui reçoit la dénomination de Classical Reform.

Au plan des structures, le judaïsme américain doit beaucoup au génie de l’organisation de Isaac Meyer Wise En 1873, il dote le mouvement reform de sa première organisation nationale en créant L’Union of American Hebrew Congregation (UAHC). Deux ans plus tard, il fonde le Hebrew Union College, destiné à former des rabbins libéraux. En 1889 est créée la troisième branche de cette politique tripartite (communautés, organisation rabbinique, séminaire) avec la création du CCAR, Central Conference of American Rabbis, qui pendant des années a été, toutes dénominations confondues, la seul corps rabbinique professionnel américain.

  • Après l’immigration massive, entre la fin du 19ème siècle et les années 1930, des juifs de l’Est issus de judaïcités traditionnelles, intervient une évolution doctrinale. L’approche très universaliste de la classical reform apparaît en décalage avec les événements du temps et les attentes de la nouvelle judaïcité américaine. La Plate-forme de Colombus (1937) acte cette évolution, prônant la ré-intégration d’un certain nombre de données traditionnelles : une vision globalement plus positive du rituel, et une affirmation de l’importance du sionisme.
2.3 / Et ensuite ?
  • En Allemagne, des congrès rabbiniques ont lieu jusqu’à dans les années 1870 (Synode de Leipzig en 1869, d’Augsbourg en 1871) mais la dynamique s’essouffle. En 1872, toutefois, est créé à Berlin le premier séminaire rabbinique libéral, la Hochschule für die Wissenschaft des Judenthums (« Institut supérieur d’études juives »), où enseigne le philosophe Hermann Cohen (1842-1918) ainsi que le rabbin Leo Baeck (1873-1956). Ce dernier, véritable conscience du judaïsme européen, auteur de L’essence du judaïsme(1905), qui inspire encore la réflexion libérale, devient, à Londres en 1942, le président de l’Union mondiale du judaïsme libéral.
  • Par ailleurs, la cause des femmes progresse. Une femme, Lily Montagu, fondatrice du mouvement libéral anglais, adresse pour la première fois, en 1928, un sermon à sa communauté.
  • Regina Jonas (1902-1944), quant à elle, issue de la Hochschule de Berlin, reçoit sa semikha (« ordination ») en 1935, et devient la première femme rabbin dans le monde. Elle exerce à Berlin, mais sera déportée, et assassinée à Auschwitz en 1944. C’est en 1922 que le CCAR (Central Conference of American Rabbis) admet l’ordination de rabbin femmes. Sally Priesand (née en 1946) sera la première femme à être ordonnée rabbin, elle reçoit son ordination en 1972 à Cincinnati.
2.4 / Et en France ?
Deux faits majeurs :
  • L’histoire du franco-judaïsme au 19ème siècle diffère totalement de celle de la Réforme en Allemagne du fait d’un événement majeur : la Révolution, d’un trait de plume législatif, règle d’emblée la question de l’émancipation des juifs en France. L’émancipation que les juifs allemands ont tant recherchée, produisant une œuvre collective, apologétique, grandiose, cette émancipation qu’ils n’obtiennent qu’en 1871 avec Bismarck, les Juifs français l’obtiennent d’emblée, en 1791, supprimant la nécessité d’une démonstration intellectuelle.
  • D’autre part, le judaïsme en France à l’ère de la modernité est entièrement et immédiatement forgé par l’institution consistoriale de création napoléonienne. A mi-chemin entre contrôle politique et une certaine ouverture intellectuelle du Consistoire au 19ème siècle, menant à sa façon la « régénération » du judaïsme sans clamer le titre de « réforme », c’est ainsi que « l’exception française » juive affronta la modernité.
  • A la faveur de la loi de séparation des églises et de l’Etat, le judaïsme libéral finit par y faire son entrée officielle avec la création de la communauté de Copernic en 1907.
Une Wissenschaft (« Science du judaïsme ») à la française ?
  • Sur le plan intellectuel, s’il y a eu une Wissenschaft à la française, elle a été courte, moins philosophique que sa sœur allemande, orientée davantage sur la recherche d’une harmonie républicaine. En d’autres termes : moins intellectuelle et plus politique. Elle est le fait d’érudits pour la plupart formés sur le modèle allemand aux alentours de 1850.
  • Sa principale caractéristique tient dans un regard plus politique que philosophique porté sur la tradition. La mission d’Israël est identifiée avec la mission des droits de l’homme censée incomber à la France. Le souci est maintenu de réussir l’harmonie entre juifs et non-juifs au sein de la communauté nationale. Cet « œcuménisme » exprime volontiers Un certain conservatisme en matière religieuse.
  • C’est dans les années 1860 que l’on peut dater l’acte de naissance de la Science du judaïsme à la française. Trois œuvres majeures de cette « Science du judaïsme » à la française : la traduction commentée de S. Munk du Guide des Egarés de Maïmonide ; l’Essai sur l’histoire et la géographie de la Palestine de Joseph Derenbourg ; les Etudes orientales de A. Franck.
De la réforme du judaïsme à l’Union libérale :
  • Le rabbinat demeure conservateur jusque dans les années 40, mais les idées de réforme font tout de même leur chemin. En 1846, ainsi, sont discutées par le Consistoire des points comme la recherche d’un office plus digne, la fusion des rites ashkénazes et séfarades, l’introduction de l’orgue, et même, l’acceptation de la judéité comme pour un enfant né soit d’un père ou d’une mère juive et se déclarant comme juif. Le grand rabbin Salomon Ullmann (xxx) donne un écho officiel à ces débats en organisant, en 1856, une conférence rabbinique sur ces questions.
  • Le judaïsme se transforme ainsi en France, après maint débat mais sans schisme. Vers la fin du 19ème siècle, la judaïcité française, principalement concentrée sur Paris, compte 80 000 personnes, mais la communauté se trouve divisée par plusieurs facteurs — sans parler de l’affaire Dreyfus.
  • C’est l’époque où la fréquentation des synagogues subit une baisse inquiétante. Le grand rabbin Zadoc Kahn (xxx) aimerait faire revenir les fidèles aux offices de shabbat ; c’est dans ce contexte que certains intellectuels, tels James Darmesteter (1848-1894), se mobilisent pour créer une synagogue libérale.

Copernic :

  • Intéressé à initier un regain de piété, re rabbin Zadoc Kahn, propose la création d’un office public supplémentaire le dimanche matin dans la synagogue de la rue de la Victoire. Devant la polémique immédiate, il contourne l’obstacle en proposant à la place des conférences pour la jeunesse, auxquelles sont ajoutés peu à peu des éléments liturgiques. Il invite des rabbins de province à s’y exprimer, dont celui de Dijon, Louis-Germain Lévy (1870-1946).
  • Cette solution ne satisfaisant personne, les éléments libéraux se constituent en Union Libérale Israélite (ULI) en 1900. Le grand rabbin, bienveillant à leur égard, leur prête une salle à part dans la synagogue, et des offices y sont célébrés. Après son décès en 1905, toutefois, et la « motion réformatrice » proposée en 1906 par Louis-Germain Lévy, les fidèles les plus orthodoxes de la Victoire font pression sur le nouveau grand-rabbin, qui cède : les libéraux sont chassés.
  • La Loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 09 décembre 1905 sera déterminante pour la constitution de l’Union Libérale israéliteen association cultuelle. Elle s’installe au 24 rue Copernic, et la synagogue est inaugurée le premier soir de Hanukka 1907. Louis-Germain Lévy (1870-1946) en devient le premier rabbin.
  • La première synagogue libérale à naître après Copernic est le MJLF (Mouvement Juif Libéral de France) en 1977.
2.5 / Et en Israël ?
  • Le judaïsme libéral prend racine en Israël à partir des années 1930, grâce au rabbin libéral Judah Leon Magnes. Ce juif américain, arrivé en Palestine en 1922, est le premier chancelier de l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1925 à 1935.
  • La première communauté libérale, Har El, est fondée à Jérusalem en 1958. Depuis, les congrégations libérales israéliennes se sont multipliées avec aujourd’hui vingt-deux communautés localisées dans l’ensemble du pays.
  • Le séminaire rabbinique américain, Hebrew Union College, s’implante à Jérusalem en 1963 et forme des rabbins depuis 1970. En 1973, l’Union mondiale du judaïsme libéral (World Union for Progressive Judaism), basée à New York, installe son siège à Jérusalem pour affirmer la centralité d’Israël dans le judaïsme libéral.
  • Le mouvement libéral israélien compte également une yeshiva située à Jérusalem afin d’approfondir l’étude juive dans un cadre libéral, Beit Midrash, et un centre d’enseignement éducatif renommé, le Leo Baeck Education Center de Haïfa, créé en 1938.
  • Le mouvement libéral est également à l’origine de la création de deux kibboutzim dans le Néguev (kibboutz Yahel, et kibboutzLotan). Ils associent les valeurs du judaïsme libéral, des actions sociales et une approche écologique au sein d’activités agricoles. Un village en Galilée, Har ‘Halutz, a aussi été fondé par des juifs libéraux israéliens et américains.
  • Le judaïsme libéral reste confronté à des difficultés importantes vis-à-vis de l’establishment orthodoxe, mais grâce, entre autres, à l’action du Israel Religious Action Center (IRAC), un groupe de pression très efficace et constamment mobilisé autour des questions de discriminations en matière religieuse, la situation évolue de façon constante. Sur le plan de la reconnaissance des conversions, notamment, après une décision de la Cour Suprême en 2002, le ministère de l’Intérieur doit reconnaître comme juives les personnes converties en Israël par des rabbins non-orthodoxes, sans qu’il y ait besoin de confirmation par le rabbinat orthodoxe.
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Rabbin du MJLF

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