POURQUOI LE JUDAÏSME LIBÉRAL ?

Le judaïsme libéral — une tendance contemporaine, mondiale, du judaïsme religieux.

World Union For Progressive Judaism

Né en Allemagne au début du 19ème siècle sous le nom de Réforme, profondément ancré dans la Tradition et ses textes fondamentaux, le judaïsme libéral affirme que l’évolution et l’ouverture ont toujours été au cœur de la pensée d’Israël. A ce titre, il prône la nécessité d’une adaptation raisonnée, quand nécessaire, pour faire du judaïsme une expérience adaptée à la modernité, qui « parle » aux juifs de chaque génération. En ce sens, le judaïsme libéral est l’héritier de deux sensibilités traditionnelles qui précèdent de loin la modernité qui l’a vu naître : le judaïsme prophétique et la pensée rabbinique.

  • Ce que la pensée libérale doit aux prophètes ? L’affirmation selon laquelle l’éthique est au cœur du judaïsme, y compris dans ses manifestations rituelles. La Réforme y a vu le noyau éternel de la Tradition. Elle a toujours veillé, dans ses choix d’évolution, au-delà des circonstances sans cesse nouvelles, à ce que soit maintenue cette pertinence de la dimension éthique.
  • De la pensée rabbinique, le judaïsme libéral a reçu en héritage sa pensée, ses textes et ses pratiques, mais également une éthique de la discussion fondée sur la pluralité des interprétations. La légitimé de toute opinion, y compris le désaccord — pourvu qu’il soit énoncé « au nom du Ciel » (le-shem shamayim) – et l’acceptation du pluralisme sont perçus par nos Sages comme pour nous aujourd’hui, comme une bénédiction pour le judaïsme.

Le judaïsme libéral partage avec les autres courants du judaïsme ses textes fondamentaux et son langage religieux, mais se distingue des approches dites « traditionnelles » ou « orthodoxes » par sa sensibilité culturelle, sa hashkafah (sa « conception » en matière théologique) et ses pratiques particulières.

  • Statistiquement, le judaïsme libéral représente la grande majorité des Juifs religieux dans le monde. Le nombre de membres affiliés représente 1.8 millions de personnes, qui fréquentent plus de 1200 synagogues dans 45 pays. En Europe, la mouvance libérale représente 170 communautés réparties dans 17 pays.
  • La présente plaquette s’attachera à approfondir tel ou tel aspect de l’histoire et des pratiques spécifiques du judaïsme libéral. Avant, toutefois, d’entrer dans les détails, nous en présenterons ici quelques clés principales, sur le plan de l’histoire et de la pratique.

Sur le plan de l’histoire :

Le judaïsme libéral (la « Réforme », à l’époque) est né comme une réponse à la modernité, situation historique entièrement nouvelle intervenue à la fin du 18e siècle.

  • Coupées de la vie politique, économique et culturelle des Nations par des siècles d’isolement au sein des ghettos, les communautés juives émergent brusquement de la période médiévale pour se retrouver confrontées à la modernité — et à certaines situations éventuellement dissolvantes de la tradition. Cette confrontation est d’autant plus soudaine que les judaïcités n’ont pas connu de période de transition, comme le fut la Renaissance pour la société environnante,
  • L’une des clés de cette modernité s’exprime par la centralité nouvelle accordée à l’individu, qui fait éclater les modes de fonctionnement de la vie traditionnelle. Cette modernité, par ailleurs, exerce un impact sur la vie concrète des communautés juives par sa remise en cause du statut de la Loi juive, la halakha.

L’importance historique de la halakha :

  • La destruction du Temple, en 70 de notre ère, signe la perte de toute souveraineté politique du peuple juif. Le judaïsme se réorganise, pendant dix-huit siècles, sous la forme de la qehila, la « communauté », dotée de ses instances politiques et juridiques internes.
  • C’est cette situation qui a eu pour résultat de faire coïncider le judaïsme historique avec la pratique de la halakha, la « Loi juive », au point que celle-ci a fini par définir, à elle seule, l’essence du judaïsme. C’est cette coïncidence de la halakha avec la vie quotidienne, que personne n’avait jamais songé à dissocier, qui prend fin avec la modernité.
  • Pour la première fois de son histoire, en effet, l’Emancipation permet théoriquement à un individu juif de tracer sa propre trajectoire dans la société où il devient citoyen. S’ouvrir à la culture environnante tout en restant fidèle à la foi et à la pratique de ses ancêtres, tel devient le dilemme, sans précédent, que pose la modernité à l’individu juif à la fin du 18ème siècle.
  • Ce sont les diverses stratégies mobilisées pour l’affronter – ou l’éviter, ou le refuser — qui sont à l’origine des différentes dénominations du judaïsme au cours du 19ème siècle. Parmi elle : la sensibilité « libérale ».

La réponse positive du judaïsme libéral :

Le judaïsme libéral, ainsi, est cette branche du judaïsme qui a souhaité relever le défi de cette modernité en proposant des solutions nouvelles. Plus exactement, la démarche du judaïsme libéral a consisté dans les options suivantes :

  • Proposer une solution entre deux voies extrêmes, dont l’une était d’embrasser la modernité en délaissant le judaïsme (assimilation), l’autre consistant à la refuser en prônant un repli du judaïsme sur lui-même afin de le maintenir à l’identique (orthodoxie).
  • Souhaitant permettre à la fois une fidélité à la tradition et une ouverture à la modernité, les premiers réformateurs ont pensé que la seule voie possible était une évolution du système lui-même : c’est le judaïsme qui devait évoluer.

Mentionnons, enfin, une erreur d’appréciation logique souvent commise.

  • Il n’existe pas de situation, au début du 19e siècle, où les juifs libéraux seraient ceux qui quittent le judaïsme. A cette époque, par définition, il n’y a que des juifs tout court, autrement dit des juifs orthodoxes, où dont les parents étaient encore orthodoxes.
  • Ce sont ces juifs de la Tradition qui, soient quittent le judaïsme en s’assimilant, ou évitent tout contact avec la modernité pour préserver le judaïsme à l’identique, ou encore cherchent à y inclure des éléments de « l’esprit du temps » (Zeitgeist).
  • Le problème de la modernité ne s’est donc pas posé qu’aux seuls « réformés » (on parle de « Réforme », en Allemagne, au 19e siècle, et non de « judaïsme libéral »). Il a concerné l’ensemble du monde juif ; seul le type de réponse a changé : ce sont ces réponses différentiées qui ont été fondatrices des différentes dénominations « libérales » ou « orthodoxes ».

Sur le plan de la pratique :

La voie de la Réforme ne n’est pas dessinée immédiatement.

  • Le judaïsme réformé s’est d’abord développé de façon pragmatique, au début du 19e siècle, avec l’idée de modernisation du culte. Ce n’est que par la suite, dans les années 1830, qu’une génération de rabbins, formée à l’université, formulera des positions idéologiques.
  • Ces positions furent précisées et adoptées au cours des trois grandes conférences rabbiniques de la mi-19ème siècle : Brunswick (1844), Francfort (1845), Breslau (1846). C’est de l’opposition de certains milieux au changement que naquit officiellement, en tant que réalité communautaire, un camp de la « Réforme » et un camp de « l’orthodoxie ».
  • Lorsqu’il s’est exporté aux Etats-Unis, vers les années 1850, le judaïsme libéral n’est jamais resté uniforme, et a toujours considérablement évolué selon les circonstances.

Au-delà de ses évolutions et de sa diversité, le judaïsme libéral se caractérise par des principes et certaines pratiques distinctes des mouvements traditionnels ou orthodoxes. Ces points – sur lesquels nous reviendrons de manière plus détaillée dans d’autres articles –, concernent les domaines suivants :

  • La liturgie. Tout en restant composée de nos textes et prières traditionnelles, elle s’ouvre aux codes culturels du temps (airs liturgiques) et à la possibilité d’une certaine créativité.
  • Le statut égalitaire des hommes et des femmes.
  • Une réponse renouvelée à la question « qui est juif ? » : une approche distincte, notamment, de la conversion, ainsi que la possibilité reconnue de transmettre le judaïsme par le père (patrilinéarité).
  • Une sensibilité et une ouverture aux « extérieurs » du judaïsme (à la culture séculière, non-juive, au dialogue inter-religieux, à la vie de la Cité).
  • Une approche de la halakha fondée sur l’évolution et la reconnaissance de l’autonomie de l’individu.
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Rabbin du MJLF

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