Shavouoth – Explication

■ Sommaire :

1 / Shavouoth – En deux mots :

1.1 / Dates, sources et noms de la Fête.

1.2 / Qu’est-ce que la période de l’omère ?

2 / Comment la fête de Shavouoth  a-t-elle évolué ?

2.1 / Le débat autour de la date de Shavouoth.

2.2 / La « nouvelle offrande ».

2.3 / L’offrande des « premiers fruits ».

2.4 / Après la destruction du Temple.

3 / Que pratique-t-on à Shavouoth ?

3.1 / Embellir les synagogues de verdure.

3.2 / Consommer des mets lactés.

3.3 / Veiller lors de la Leïl tiqqoune Shavouoth (« nuit de réparation ») :

3.4 / Autres pratiques :

■ L’éducation religieuse.

■ Le yahrzeit du Roi David.

4 / Shavouoth dans la liturgie :

4.1 / Les offices.

4.2 / Qeri’ate ha-Torah (« lecture de la Torah »).

4.2.1 / Premier jour.

4.2.2 / Deuxième jour.

4.2.3 / Yizqor (« souvenir »).

4.2.4 / La suppression du Yom tov shéni (« deuxième jour de fête ») dans le judaïsme libéral.

4.3 / Les dix paroles (assérète ha-dibrote) :

5 / La lecture du Livre de Ruth.

1 / Shavouoth – En deux mots :

1.1 / Dates, sources et noms de la Fête :

■ La Fête de Shavouoth est la deuxième des « trois fêtes de pèlerinage » (shaloshe régalime) dans le calendrier, en comptant à partir du mois de nissane, le « premier des mois ».

  • Elle intervient le 6 du mois de sivane.
  • Au sein des mouvements libéraux et en Israël la fête dure un jour. Les mouvements traditionnels, quant à eux, redoublent les jours de fête, et Shavouoth s’y célèbre les 6 et 7 sivane.
  • Shavouothsignifie « semaines ». Cette « Fête des semaines » est ainsi définie non par son contenu mais par sa seule position dans le calendrier : sa place relative par rapport à Pessah. Elle vient en conclusion de la période de l’omère, qui dure sept semaines, et dont elle est ainsi le 50ème jour après Pessah.

■ Comme les deux autres Fêtes de pèlerinage, elle est qualifiée dans la Bible de miqra qodesh, « convocation sainte », un terme réservé aux fêtes et à Shabbath.

  • Comme toutes les fêtes, elle comporte aujourd’hui une composante agricole, une composante historique et une dimension spirituelle.
  • Au niveau de la Bible, cependant, Shavouoth ne se trouve mentionné qu’en lien avec son aspect agricole. Les deux versets suivants sont les sources scripturaires de la fête :

■ Le verset Ex. 34, 22 :

כב וְחַג שָׁבֻעֹת תַּעֲשֶׂה לְךָ, בִּכּוּרֵי קְצִיר חִטִּים; וְחַג, הָאָסִיף–תְּקוּפַת, הַשָּׁנָה. 22 Tu auras aussi une fête des Semaines, pour les prémices de la récolte du froment; puis la fête de l’Automne, au renouvellement de l’année

■ De même, le verset 23, 16 :

טז וְחַג הַקָּצִיר בִּכּוּרֵי מַעֲשֶׂיךָ, אֲשֶׁר תִּזְרַע בַּשָּׂדֶה; וְחַג הָאָסִף בְּצֵאת הַשָּׁנָה, בְּאָסְפְּךָ אֶת-מַעֲשֶׂיךָ מִן-הַשָּׂדֶה. 16 Puis, [tu célébreras] la fête de la Moisson, fête des prémices de tes biens, que tu auras semés dans la terre; et la fête de l’Automne, au déclin de l’année, lorsque tu rentreras ta récolte des champs

■ Autres noms :

  • La fête porte également le nom de Hag ha-qatsir (« Fête de la récolte »), témoignant de son origine agricole
  • Dans le Talmud (Pes. 68b) la fête est nommée atsérète (« arrêt », « clôture ») parce qu’elle fut pensée, à l’instar de la fête de Shemini atsérète (« huitième de clôture ») pour Soukkot, comme la « clôture » (atsérète) de Pessah.
  • Shavouoth porte également le nom de Hag ha-bikkurime (« Fête des prémices », cf. Nbr. 28, 26) parce qu’à l’époque du Temple on y apportait en offrande deux miches de pain (shetey ha-léhème) confectionnées avec les prémices de la récolte ; cette offrande était ensuite consommée par les prêtres.
  • Enfin, selon l’interprétation rabbinique (Shab. 86b – 88 a), les dix commandements furent donnés le 6 sivane; telle est la raison de l’appellation liturgique de Shavouoth comme zemane matane torateïnou (le « temps du don de notre Torah» — cf. Shab. 86b-88a).

■ Signification de Shavouoth :

■ Les interprétations, réflexions sur Shavouoth sont bien sûr trop nombreuses pour que nous tentions d’en faire une quelconque recension. Nous ne mentionnons ici que quelques idées-clé, elles-mêmes sources de nombreux commentaires :

  • Saadia Gaon (882-942), prolongeant une conviction déjà exprimée par le mouvement rabbinique, affirma l’idée qu’Israël n’était vraiment lui-même que par la Torah. Shavouoth, de ce point de vue, constitue une fête majeure de l’identité juive.
  • Le Zohar (ahareÏ mote 73a) exprime sa version de cette même idée, en insistant sur la fusion de ces trois aspects : qudsha bérikhe hou, oraïta ve-yisrael, « le Saint-béni-soit-Il, la Torah et Israël ».
  • Par ailleurs, Shavouoth exprime l’un des dogmes, pour ainsi dire, de la Loi orale : l’idée que la Torah est torah mine ha-shamayime (« Torah [provenant] du ciel »), autrement dit l’affirmation de son origine surnaturelle, divine.
  • Ce concept est par exemple l’un des trois principes fondamentaux du judaïsme établis par Joseph Albo (1380-1444) dans son ouvrage le Sefer ha-Iqqarime (le « Livre des principes ») – les deux autres principes étant « l’existence de Dieu » (métsi’oute ha-Shem) et le principe de « récompense et de punition » (sekhar vé-onèshe).
  • Nombreux sont les commentateurs, enfin, à relever qu’au Sinaï Dieu ne se révèle pas lui-même, mais simplement sa volonté pour son peuple. C’est de la compréhension exacte de cette volonté, et de la littéralité de sa formulation que dépendent les approches plus ou moins orthodoxes ou libérales du judaïsme (cf. ci-après).

1.2 / Qu’est-ce-que la période de l’omère ?

Shavouoth, nous l’avons vu, vient en conclusion de la période de l’omère, dont elle est le 50ème jour.

Le mot omère a désigné successivement au cours de l’histoire plusieurs réalités : offrande, puis mesure de capacité, elle signifie aujourd’hui pour nous la période de temps qui s’étend de Pessah à Shavouote.

■ La base scripturaire pour l’omère est le verset Lev. 23, 10 :

י דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם, כִּי-תָבֹאוּ אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר אֲנִי נֹתֵן לָכֶם, וּקְצַרְתֶּם אֶת-קְצִירָהּ–וַהֲבֵאתֶם אֶת-עֹמֶר רֵאשִׁית קְצִירְכֶם, אֶל-הַכֹּהֵן. 10 « Parle aux enfants d’Israël et dis-leur: quand vous serez arrivés dans le pays que je vous accorde, et que vous y ferez la moisson, vous apporterez un ômer des prémices de votre moisson au pontife
  • Ainsi selon la Bible, l’omère est cette offrande que les Israélites étaient tenus d’apporter aux prêtres après la conquête de Canaan.
  • Le verset suivant, équivoque quant à la période où celle-ci devait être offerte (« le jour qui suit le Shabbath» — Lev 23, 11), fut l’enjeu d’une vigoureuse controverse entre sadducéens et rabbins quant à l’exacte signification à donner au mot Shabbath dans ce contexte. C’est l’interprétation des rabbins qui prévalut, considérant Shabbath comme désignant le premier jour de Pessah, « le jour qui suit » étant par conséquent le 16 Nissane.
  • Il était interdit de consommer de la moisson avant que l’omère soit offert. En accord avec la suite du texte biblique, sept semaines (shavouoth) complètes étaient comptées, le cinquantième jour étant la Pentecôte (du grec pentekosta, « cinquantième jour »), soit la Fête de Shavouoth.
  • Les rabbins donnèrent par la suite au mot omère le sens d’une « mesure de capacité » (équivalente à un peu plus de deux litres), et définirent que le grain à apporter devait être l’orge (TB, Men 63b-64a).

■ Après la destruction du Temple, toutefois, suite à l’impossibilité d’apporter des offrandes, de nouvelles significations furent recherchées permettant de conserver sa pertinence au rite.

  • La signification sacrificielle et agricole céda la place au sens purement temporel de la période, et à la pratique de compter les jours entre Pessah et Shavouoth (« comput », ou « supputation » de l’omère).
  • Introduit par une bénédiction (al sefirate ha-omère), ce compte est effectué la nuit à partir du deuxième soir de Pessah. Il est récité immédiatement avant le aleïnou, à l’exception des samedi soirs où il précède la havdalah.
  • Chaque jour, compté séparément, énonce le nombre de jours écoulés, augmentant de 1 à 49. À partir du huitième jour, la formule de récitation inclut la mention des semaines : « Aujourd’hui est le huitième jour, ce qui fait une semaine et un jour, etc. ».

■ Bien que comprise par les commentateurs comme faisant le lien entre l’idéal de liberté propre à Pessah et celui de la Loi reçue à Shavuʻot, la période de l’omère s’est chargée au cours de l’histoire d’une signification de tristesse et de deuil.

  • La raison — dont il est permis de douter de l’historicité, en serait l’épidémie ayant décimé 24 0000 des élèves de Rabbi Aquiba (tanna de la 4ème génération, 110-135) à pareille époque de l’année (TB, Yévamote 62b). L’épidémie ayant cessé le 33ème jour (la’’g ba-omère, soit le 18 du mois de iyyar), ce jour est resté comme un jour de demi-fête, où cessent les multiples restrictions de la période précédente, entre autres l’interdiction de célébrer des mariages.

■ Outre son sens rituel, la période de l’omère nous propose de multiples thèmes de réflexion, dont nous retiendrons ici deux aspects :

  • Ce qu’il nous est demandé de compter, c’est tout d’abord l’épaisseur d’un lien qui relie deux moments de liberté, différents mais complémentaires : d’une part la liberté physique, collective, politique, condition de toute vie digne, et d’autre part la liberté spirituelle structurée par la Loi. L’omère souligne ainsi que si nous nous libérons toujours de quelque chose, cette libération doit mener vers quelque chose, vers une expérience qui la structure et la rend signifiante ; c’est à cette condition que la libération devient liberté…
  • Par ailleurs, la modalité-même du compte doit retenir notre attention : il ne s’agit nullement d’un décompte, décroissant jusqu’à zéro, mais d’une agrégation progressive, qui fructifie, jusqu’à une forme de complétion

■ Notre civilisation technicienne nous a habitués à un décompte du nombre de jours « qui restent » ; tendu vers le résidu final, le précipité, le soluté d’un temps anxieux, son horizon ne nous propose que le zéro du temps présent, celui où le temps « qui restait » devient mort.

  • Le comput de l’omère affirme l’inverse ! La conception juive du temps est tout entière une protestation contre l’à-quoi-bonisme d’un Esaü déclarant « je suis un être pour la mort » (Gen 25, 32). L’omère s’inscrit en faux contre le « flux tendu » d’un compte à rebours qui ne nous condamne qu’à la performance ou à la dépression.
  • Ajoutant le temps au temps, l’omère nous élève au contraire, de son poids croissant, gros de potentialités renouvelées, à la dignité de créatures lestées de la seule liberté qui vaille : la liberté vouée à la responsabilité des possibles.

2 / Comment la fête de Shavouoth a-t-elle évolué ?

■ La place de Shavouoth est étonnamment restreinte dans la halakhah.

  • A part les prières et les lectures de Torah spécifiques, la Fête ne se caractérisait au départ par aucune mitsvah particulière. Seules s’y appliquaient les mitsvote relatives à un yom tov en général : simhah (la « joie »), shevitah (le « repos »), et issour mélakhah (« l’interdit de travailler »).
  • A la différence de Pessah et de Soukkot, qui possèdent des rites distinctifs permanents, et applicables en dehors du Temple, Shavouoth ne comportait que des rites liés au Temple.
  • Toutes ces lois sont exposées en détail dans le traité talmudique Beïtsah (autrefois intitulé traité « Yom tov»). Celui-ci ne réserve cependant aucune partie spécifique à Shavouoth, alors qu’il comporte des sections concernant les hilkhote Pessa’h (« lois de Pessah») ou les hilkhote soukkah (les « lois concernant la soukkah »).

■ Autre particularité, Shavouoth n’a pas de date fixe, mais demeure intégralement liée à une autre fête, ainsi que l’énonce Lev. 23, 15 :

טו וּסְפַרְתֶּם לָכֶם, מִמָּחֳרַת הַשַּׁבָּת, מִיּוֹם הֲבִיאֲכֶם, אֶת-עֹמֶר הַתְּנוּפָה:  שֶׁבַע שַׁבָּתוֹת, תְּמִימֹת תִּהְיֶינָה. 15 Puis, vous compterez chacun, depuis le lendemain de la fête, depuis le jour où vous aurez offert l’ômer du balancement, sept semaines, qui doivent être entières
  • L’expression mi-mo’horate ha-shabbat, « depuis le lendemain du Shabbath», au début du verset, fut l’objet d’une intense controverse entre pharisiens et sadducéens, puis entre guéonim et karaïtes.
  • C’est l’interprétation rabbinique qui prévalut : « Shabbath», dans notre verset, fut compris non de manière littérale, mais comme « [jour de] fête » — c’est ainsi qu’il est traduit dans la citation présentée ci-dessus.
  • L’expression « depuis le lendemain du Shabbath» fut donc interprétée comme signifiant « le 16 nissane» (et non comme le lendemain du premier Shabbath suivant Pessah)…

2.1 / Le débat autour de la date de Shavouoth :

■ Un débat se fit également jour dans la littérature talmudique (traité Shabbat 86-88) concernant le jour exacte du don de la Torah.

  • Ce débat n’a pour nous aujourd’hui qu’une importance académique, mais il constitue néanmoins un savoureux témoignage sur la « pensée à tiroirs » de nos Sages. Il nous montre surtout combien nos fêtes, dont l’ancrage nous semble aujourd’hui évident, sont en fait la résultante d’une construction et d’une argumentation collectives complexes !
  • Le débat oscillait entre la date du 6 sivane et celle du 7. La différence d’opinion portait sur le nombre de jours de perishah (« séparation » [sexuelle au sein des couples]) exigés avant le don de la Torah, ainsi que le relate le verset Ex. 19, 10 :
י וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה לֵךְ אֶל-הָעָם, וְקִדַּשְׁתָּם הַיּוֹם וּמָחָר; וְכִבְּסוּ, שִׂמְלֹתָם. 10 Et l’Éternel dit à Moïse: « Rends-toi près du peuple, enjoins-leur de se tenir purs aujourd’hui et demain et de laver leurs vêtements

■ Plus extraordinaire encore, il apparaît, à la lecture de la page talmudique, que le véritable enjeu de la discussion est en fait la question suivante : combien de jours le sperme reste-t-il viable ?…

  • Pour les acteurs du débat, la question avait des conséquences de la plus haute importance sur le statut de pureté de la femme, en cas de ré-émission à partir de son corps…
  • Selon leur conception de la dite viabilité, les Sages affirmèrent que la perishah dura 2 jours et rabbi Yossei trois jours ; dans la section Yoré dé’a du Shoulkhan Aroukh, la halakhah est tranchée selon Rabbi Yossei.
  • En remontant le raisonnement « à l’envers », on parvient donc à la conclusion de la date du 6 et non du 7 sivane… C’est à cette pieuse sollicitude de nos Sages envers le corps féminin que nous devons notre date actuelle de Shavouoth!

2.2 / La « nouvelle offrande » :

■ Le premier rite de Shavouoth à l’époque du Temple était l’offrande d’une minhah hadashah (« nouvelle offrande »).

  • Le verset Lev. 23, 16 atteste de cette pratique :
טז עַד מִמָּחֳרַת הַשַּׁבָּת הַשְּׁבִיעִת, תִּסְפְּרוּ חֲמִשִּׁים יוֹם; וְהִקְרַבְתֶּם מִנְחָה חֲדָשָׁה, לַיהוָה. 16 vous compterez jusqu’au lendemain de la septième semaine, soit cinquante jours, et vous offrirez à l’Éternel une oblation nouvelle
  • Cette offrande était constituée de deux pains cuits (shetey ha-léhème) avec de la farine en provenance de la nouvelle récolte. Une autre désignation la mentionnait comme hème tenufah, le « pain de balancement » ; le verset Lev. 23, 15 exprime cette idée :
טו וּסְפַרְתֶּם לָכֶם, מִמָּחֳרַת הַשַּׁבָּת, מִיּוֹם הֲבִיאֲכֶם, אֶת-עֹמֶר הַתְּנוּפָה:  שֶׁבַע שַׁבָּתוֹת, תְּמִימֹת תִּהְיֶינָה. 15 Puis, vous compterez chacun, depuis le lendemain de la fête, depuis le jour où vous aurez offert l’omer du balancement, sept semaines, qui doivent être entières

■ Cette offrande définissait en quelque sorte l’essence même de Shavouoth, car comme le rappelle Rashi (1040-1105), c’est elle qui est la raison de l’appellation Hag ha-bikkourime (« Fête des prémices ») ou encore bikkoureï qétsir hittim (les « prémices de la récolte du froment »).

  • Le balancement de l’offrande, selon Ménahote 62a, s’accompagnait d’une imploration envers Dieu de contenir les vents destructeurs et les mauvaises conditions climatiques. Elle invoquait également une bénédiction sur les fruits (R.H. 16a).
  • Ces deux pains étaient également censés marquer le terme d’un processus de raffinement intellectuel. Nous commençons en effet la période de l’omère en apportant une mesure d’orge, autrement dit une nourriture animale, et nous la concluons en apportant des miches de blé, exprimant ainsi notre raffinement progressif.
  • De nos jours, la commémoration de ces sheteï ha-léhème trouve sa traduction par la consommation de mets lactés.

2.3 / L’offrande des « premiers fruits » :

■ L’autre rite fondamental au temps du Temple était l’offrande de bikkourim (« prémices », ou « premiers fruits »), appellation il est vrai ambiguë par rapport au rite précédent, car nous venons de voir que l’offrande des deux miches de pains étaient également considérée comme bikkourim, « premiers fruits », mais en un sens figuré : « premiers fruits » de la récolte de blé.

  • Il s’agit ici d’une offrande de « fruits » au sens propre. La période où il était permis de les apporter était d’ailleurs élastique, de Shavouoth à Soukkot (traité Bikkourim 1 :6)
  • Le rituel trouve sa source dans le verset Deut. 26, 1-3 :
א וְהָיָה, כִּי-תָבוֹא אֶל-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, נֹתֵן לְךָ נַחֲלָה; וִירִשְׁתָּהּ, וְיָשַׁבְתָּ בָּהּ. 1 « Quand tu seras arrivé dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage, quand tu en auras pris possession et y seras établi,
ב וְלָקַחְתָּ מֵרֵאשִׁית כָּל-פְּרִי הָאֲדָמָה, אֲשֶׁר תָּבִיא מֵאַרְצְךָ אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ–וְשַׂמְתָּ בַטֶּנֶא; וְהָלַכְתָּ, אֶל-הַמָּקוֹם, אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, לְשַׁכֵּן שְׁמוֹ שָׁם. 2 tu prendras des prémices de tous les fruits de la terre, récoltés par toi dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, t’aura donné, et tu les mettras dans une corbeille; et tu te rendras à l’endroit que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y faire régner son nom.
ג וּבָאתָ, אֶל-הַכֹּהֵן, אֲשֶׁר יִהְיֶה, בַּיָּמִים הָהֵם; וְאָמַרְתָּ אֵלָיו, הִגַּדְתִּי הַיּוֹם לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ, כִּי-בָאתִי אֶל-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר נִשְׁבַּע יְהוָה לַאֲבֹתֵינוּ לָתֶת לָנוּ. 3 Tu te présenteras au pontife qui sera alors en fonction, et lui diras: « Je viens reconnaître en ce jour, devant l’Éternel, ton Dieu, que je suis installé dans le pays que l’Éternel avait juré à nos pères de nous donner.
  • Sur le plan historique, notons que le nombre de pèlerins qui « montaient » à Jérusalem était bien inférieur à Shavouoth que lors des autres fêtes de pèlerinages. Shavouoth, en effet, intervenait très peu de temps après le premier déplacement, assez contraignant, de Pessah; d’autre part elle avait lieu au plus fort de l’activité agricole.

2.4 / Après la destruction du Temple :

■ Les deux rituels de Shavouoth ne pouvant plus avoir cours, les rabbins, lors du Sanhedrin de Usha (en Galilée) en 140 è.c., introduisirent un autre thème pour Shavouoth : la révélation sinaïtique.

  • Avec ce nouveau motif les thématiques agricoles de Shavouoth furent pratiquement effacées. De toutes les fêtes, c’est d’ailleurs celle où ces motifs demeurent le moins, et elle est devenue la plus « théologique » de nos fêtes. A Pessah, en revanche, nous prions toujours pour la rosée, et à Soukkot pour la pluie.

■ Le premier développement de Shavouoth après la destruction du Temple se fit jour dans le Seder olam, ouvrage que la tradition attribue précisément au rabbin Yossei déjà rencontré dans la discussion sur la date exacte de Shavouoth.

  • Alors que le débat, on s’en souvient, faisait osciller la date entre le 6 et le 7, c’est cet ouvrage qui assura sa fixation définitive au sein du peuple au 6 sivane.
  • Le lien conceptuel entre Shavouoth et la Torah fut ensuite consolidé par la voix de Rabbi Meir dans le midrash Shemot Rabbah. Contemporain de Rabbi Yossei, et marqué par les conséquences politiques désastreuses de l’échec de la révolte de Bar-Kohba (132-135), Rabbi Meir avait compris qu’il fallait dessiner de nouveaux horizons spirituels pour le klal Israël. C’est dans ce contexte que fut alors mentionné « une Fête de la récolte au jour où la Torah fut donnée à Israël ».

■ Rabbi Meir fit également partie du Sanhedrin convoqué à Usha sous l’égide de Rabban Simon b. Gamliel. Cette assemblée eut à prendre des décisions cruciales pour l’avenir du peuple juif et son leadership spirituel ; la nouvelle centralité donnée à la Torah et à son étude fut l’un des piliers de cette nouvelle vision.

  • La joie qui devait prévaloir à Shavouoth fut alors accentuée dans les recommandations rabbiniques. Son exclusivité fut cependant quelque peu relativisée par la suite, lorsque fut également promue la Fête de Simhate Torah.
  • Il est tout à fait intéressant, à cet égard, que le peuple juif ait défini une cause de joie supérieure dans le moment marquant l’étude de la Torah que dans celui marquant sa donation

3 / Que pratique-t-on à Shavouoth ? :

3.1 / Embellir les synagogues de verdure :

■ Auparavant le minehag (« coutume ») consistait à joncher le sol de la synagogue d’herbes et de fleurs.

  • La pratique est mentionnée pour la première fois par le Maharil (R. Jacob ha-Levi Moelin, 1365-1427) et fut popularisée par le Réma — Moïse Isserlès, 1530-1572).
  • Selon ce dernier, cette pratique était destinée à évoquer l’environnement pastoral de la scène du Mont Sinaï, ainsi que la Bible y fait allusion en évoquant la « pâture du bétail » au verset Ex. 34, 3 :
ג וְאִישׁ לֹא-יַעֲלֶה עִמָּךְ, וְגַם-אִישׁ אַל-יֵרָא בְּכָל-הָהָר; גַּם-הַצֹּאן וְהַבָּקָר אַל-יִרְעוּ, אֶל-מוּל הָהָר הַהוּא. 3 Nul n’y montera avec toi et nul, non plus, ne doit paraître sur toute la montagne; qu’on ne laisse même paître aux environs de cette montagne ni menu ni gros bétail. »
  • Cette explication demeure tout de même surprenante, le Sinaï n’étant pas connu comme un endroit de verdure exubérant… D’autres commentateurs mettent en avant l’explication, plus plausible, du thème agricole de la Fête induit par l’offrande des prémices.
  • Il se peut, enfin, que cette coutume ait quelque rapport avec le commandement de laisser une partie de nos champs aux pauvres.

■ La pratique fut introduite au 18ème siècle de placer de hautes plantes dans la synagogue pour créer l’apparence d’un arboretum.

  • Cette pratique fut critiquée par le Gaon de Vilna au titre qu’elle imitait une pratique chrétienne, mais elle fut soutenue par d’autres, qui lui trouvèrent un fondement dans la tradition.
  • Ainsi selon le traité Rosh ha-Shanah 16a Shavouoth est un jour de jugement sur les fruits, et selon le Magen Avraham, la vue des plantes induirait les fidèles à prier pour que Dieu accorde sa bénédiction sur les fruits.
  • Le Shélah (le rabbin Isaiah Horowitz, 1565-1630), par ailleurs, mentionne une pratique séfarade palestinienne consistant à distribuer du myrte aux fidèles le matin de Shavouoth afin de leur en faire humer l’arôme. Cette pratique pourrait avoir été inspiré par le commentaire du Midrash Shir ha-Shirime Rabbah sur le verset 1 :12 évoquant les senteurs du camp autour du Mont Sinaï.

3.2 / Consommer des mets lactés :

■ De nos jours, la commémoration par l’offrande des sheteï ha-léhème, les deux pains apportés en offrande au Temple, a été remplacée par la consommation de mets lactés. Plusieurs raisons, de nature midrashique, sont invoquées à l’appui de cette pratique :

  • C’est lors du don de la Torah au Mont Sinaï que le peuple juif reçut toutes les prescriptions relatives à l’abattage des animaux et en particulier de la viande. Selon le traité Bekhorot 6b, les israélites, pour ne pas transgresser ces nouvelles prescriptions, qui différaient de leur pratique antérieure, n’eurent alors d’autre possibilité que de se cantonner à la consommation de laitages…
  • Le Cantique des Cantiques 4, 11, par ailleurs, compare la Torah à du lait :
יא נֹפֶת תִּטֹּפְנָה שִׂפְתוֹתַיִךְ, כַּלָּה; דְּבַשׁ וְחָלָב תַּחַת לְשׁוֹנֵךְ, וְרֵיחַ שַׂלְמֹתַיִךְ כְּרֵיחַ לְבָנוֹן.  {ס} 11 Tes lèvres, ô fiancée, distillent la douceur du miel; du miel et du lait coulent sous ta -langue, et le parfum de tes vêtements est comme l’odeur du Liban
  • Le verset Ex. 34, 26, qui est l’une des bases scripturaires fondant l’un des rites principaux de Shavouoth, à savoir l’apport des prémices, énonce dans sa seconde moitié l’interdiction de faire cuire le chevreau dans le lait de sa mère. Cette juxtaposition a été interprétée par les Sages comme un commandement négatif s’appliquant à la fête de Shavouoth.
  • Sotah 12b rappelle également que lorsque Moïse fut sauvé du Nil par la fille du pharaon, il fut nourri au lait de Yokheved, sa mère naturelle. C’est ce thème du lait nourricier, fondation première de notre rédemption, que nous célébrerions donc à travers les mets lactés…
  • Selon le Midrash Ruth Rabbah, le roi David serait décédé à Shavouoth. Aucune offrande n’aurait été offerte en ce jour, et certains y voient la source de notre abstention de consommation de viande à Shavouoth.
  • Les férus de guématria (méthode de commentaire fondée sur la valeur numérique des lettres hébraïques, et donc des mots) souligneront enfin que le mot halave, « lait », a pour valeur numérique 40, soit le nombre des jours et des nuits passés par Moïse sur le Mont Sinaï.

Une autre exégèse, fondée sur la Bible et reprise par la littérature rabbinique (Ps. 68:16 ; Bamidbar Rabba 13:15) rappelle que le Mont Sinaï porte également le nom de Har gavnounime, le « Mont aux croupes élevées », nom qui évoque le mot gevinah, « fromage ». Mieux : ce dernier a pour valeur numérique 70, évoquant les 70 faces de la Torah qui nous fut donnée…

■ C’est ainsi que divers plats lactés trônent ainsi sur nos tables de fête.

  • La tradition ashkénaze confectionnera volontiers cheesecakes, blinttzes ou kreplach;
  • Les séfarades trouveront quant à eux sur leur table riz au lait, borekas (pâtisserie fourrée au fromage, aux épinards), samoussas (beignet avec une farce au fromage, aux légumes ou à la viande), ou encore diverses pâtisseries au miel, dont l’usage voulait qu’elles fussent confectionnées en forme de lettres hébraïques, conformément à l’image du Cantique des cantiques comparant la Torah « au lait et au miel sous ta langue ».

3.3 / Veiller lors de la Leïl tiqqoune Shavouoth (« nuit de réparation ») :

■ C’était une ancienne coutume que de rester éveillé la nuit, et le Zohar (Emor 98a) en assigne la pratique aux juifs particulièrement pieux (les hassideï qadmaï, « pieux d’antan », selon son expression).

  • La « Nuit de Shavouoth» était largement observée en Europe de l’Est, et il existait un texte spécialement dédié à cette occasion, le tiqqoune leïl Shavouoth (« [le texte pour] la réparation de la nuit de Shavouoth»). Celui-ci comportait le premier et le dernier verset de chaque sidrah, le premier et le dernier passage de chaque traité de la Mishnah, ainsi que des passages du Zohar.
  • Une autre explication, légendaire, mentionne que les beneï yisra’el dormirent si profondément la nuit du don de la Torah qu’ils durent être réveillés par la foudre et le tonnerre. Selon cette approche, c’est pour « réparer » cette attitude fautive, qu’il fut demandé aux générations postérieures de veiller toute la nuit (en tout état de cause, c’est de là que provient le thème de la « réparation »).

■ La nuit de Shavouoth retint tout particulièrement l’attention des kabbalistes de Safed.

  • Un office de nuit spécial, le seder tiqqoune leïl Shavouoth, fut composé par les rabbins Salomon Alqabets (c. 1500-c. 1580) et Joseph Caro (1488-1575), complété ensuite par le Shéla (Isaiah Horowitz, 1565-1630).
  • Celui-ci comporte différents passages en provenance des trois parties du Tanakh, une sélection des six ordres de la Mishnah, des extraits du Sefer Yétsirah, du Zohar, ainsi qu’une énumération des 613 commandements dans sa version maïmonidienne.

3.4 / Autres pratiques :

■ L’éducation religieuse :

■ L’anniversaire du don de la Loi fut considéré comme une date appropriée pour initier les jeunes enfants à l’étude la Torah.

  • Le Mahzor Vitry (un des plus anciens recueils de prières, datant du 11ème siècle) décrit une coutume bien ancrée consistant à donner une leçon aux débutants le jour de Shavouoth. Après ce cours on servait aux enfants des gâteaux au miel et au lait, ou encore des œufs — les enfants étant supposés aimer les œufs.
  • C’est dans ce cadre que se développa la coutume de confectionner des pâtisseries en forme de lettres de l’alphabet hébraïque, ou d’enduire ces lettres de miel que l’enfant pouvait lécher, donnant corps ainsi à l’analogie d’une Torah « douce comme du miel sous la langue » (Cant. 4, 11).

■ Il existe également un commentaire intéressant, lié à la fête de Shavouoth, concernant l’origine du balancement caractéristique de la prière ou de l’étude juive…

  • Alors que cette pratique est parfois expliquée par la rareté des livres en certains lieux d’étude, obligeant les fidèles à se contorsionner ou à se balancer pour avoir un accès visuel à la page enseignée, le Kol Bo (compendium de lois rituels et civiles à l’auteur non identifié) indique que ce balancement avait en fait une origine intentionnelle, pédagogique : « On enseigne aux enfants d’Israël à se balancer, écrivait-il, lorsqu’ils étudient, car il est écrit, à propos du don de la Torah: « Et le peuple se balança » (le verbe vayanu’u – cf. le verset ci-après – est également traduit par « trembla »).
  • Le verset Ex. 20, 14 :
יד וְכָל-הָעָם רֹאִים אֶת-הַקּוֹלֹת וְאֶת-הַלַּפִּידִם, וְאֵת קוֹל הַשֹּׁפָר, וְאֶת-הָהָר, עָשֵׁן; וַיַּרְא הָעָם וַיָּנֻעוּ, וַיַּעַמְדוּ מֵרָחֹק. 14 Or, tout le peuple fut témoin de ces tonnerres, de ces feux, de ce bruit de cor, de cette montagne fumante et le peuple à cette vue, trembla et se tint à distance

■ Le yahrzeit du Roi David :

■ Selon certains textes, tels le Yalkout Téhilime 735, le Roi David mourut à Shavouoth.

  • Certains observent son yahrzeit l’après-midi du second jour. Il est d’usage, dans ce minhag, de réciter intégralement le Livre des Psaumes. Après l’office, une collation est servie, tandis que sont racontés les hauts faits du roi David.
  • A Jérusalem c’est le jour où l’on visite également sa tombe présumée (sur le Mont Sion).

4 / Shavouoth dans la liturgie :

■ Comme nous l’avons déjà vu, la Fête de Shavouoth, après avoir perdu ses pratiques liées à l’agriculture, est devenue principalement théologique ; sa pratique actuelle s’est recentrée sur la synagogue et se célèbre essentiellement par la tenue d’offices religieux.

4.1 / Les offices – généralités :

■ Il est d’usage, le soir de Shavouoth, de commencer l’office un peu plus tard que le temps prescrit, pour satisfaire à l’injonction du verset (Lev. 23, 15) exigeant de compter shéva shabbatote témimote (« sept semaines intégrales »).

■ Comme pour le Shabbath et les autres fêtes, l’entrée dans la fête est marquée par l’allumage de bougies, sur lesquelles on récite la bénédiction ner shel yom tov (« … [qui nous a ordonné d’allumer] une bougie de fête »).

  • Le Shabbat la bénédiction est la suivante : ner shel shabbath vé-shel yom tov.
  • La bénédiction shé-héhéyanou, bénédiction des « premières fois » et des temps de joie, est également récitée.

■ Globalement, les offices sont identiques à ceux de Pessa’h (qui sert de prototype pour les jours de Fêtes), avec les variations propres à Shavouoth, à savoir :

  • Une amidah de sept bénédictions avec les intercalations propres à la Fête, notamment sa qualification, dans la bénédiction centrale, comme zmane matane torateïnou, « le temps du don de notre Torah» ;
  • La lecture complète du hallel (à savoir la séquence des Psaumes 113 à 118) lors de l’office du matin, après la amidah;
  • La lecture de la méguillate Ruth avant la lecture de la Torah (le premier et unique jour chez les libéraux, le deuxième pour les traditionnels) ;
  • Des lectures de Torah propres à Shavouoth (cf. ci-après) ;
  • Un office de moussaf (« supplément »), essentiellement composé d’une amidah de sept bénédictions, et comportant le très beau chant liturgique du Kéter (« couronne ») en guise de qedoushah (3ème bénédiction).

4.2 / Qeri’ate ha-Torah (« lecture de la Torah »):

4.2.1 / Premier jour :

■ Traditionnellement on procède à la sortie de deux sifreï Torah (« rouleaux de la Torah ») sont sortis :

  • Lecture 1er sefer = Ex. 19 et 20.
  • Lecture 2ème sefer: Nbr. 28, 26-31. Ce passage, exclusivement centré sur les sacrifices, n’est pas lu dans les communautés libérales.

■ La Haftarah :

  • Le passage est Ezek. 1, 1-28.
  • La haftarah, qui décrit la vision de Dieu et du char divin par Ezéchiel, forme un parallèle intéressant avec le matan Torah (« don de la Torah»)
  • Dans les communautés traditionnelles, le poème liturgique yétsiv pitgame (« notre prière est affermie ») est récité avant la haftarah.

4.2.2 / Deuxième jour :

■ Le judaïsme libéral ne redouble pas les jours de fêtes (pour une explicitation de cette pratique, cf. ci-après). Ce jour n’est donc pas pour nous un yom tov, et aucun office particulier n’a lieu ce jour là.

■ Chez les traditionnels, la lecture de la méguillah de Ruth a lieu ce deuxième jour, juste avant la lecture de la Torah.

■ Chez les traditionnels les lectures sont les suivantes :

  • Lecture 1er sefer: Deut. 15, 19 (le Shabbat: 14, 22) – 16, 17.
  • Lecture 2ème sefer: Nbr. 28, 26-31.
  • La Haftarahest Habacuc, chapitre 3.

4.2.3 / Yizqor (« souvenir ») :

■ Un office de Yizqor est récité après la lecture de la Torah (celui-ci est déplacé au second jour chez les traditionnels).

  • Cette pratique du Yizqor est très ancienne et repose sur l’idée que de telles prières sont bénéfiques pour les morts (Tanhuma, ha’azinou 20 :8 ; Pesiqta Rabbati 20).
  • Initialement, ces prières étaient dites individuellement lors de la montée à la Torah, lorsque le oleh (« celui qui monte ») s’engageait à donner la tsédaqqah. Une prière collective n’était dite qu’à Yom Kippur. Elle était récitée en faveur des morts mais également pour induire une atmosphère de contrition auprès des vivants.

■ La pratique actuelle est de tenir un office de hazkarate néshamote (« remémoration des âmes ») à la fin de chaque fête (le 8ème jour de Pessah, le 2ème jour de Shavouoth, le 8ème jour de Soukkot, et à Yom Kippour — qui à cet égard est considéré comme la atseret, le « jour de conclusion » de Rosh ha-Shanah.

4.2.4 / La suppression du Yom tov shéni (« deuxième jour de fête ») dans le judaïsme libéral :

■ L’observance d’un deuxième jour de yom tov (« jour de fête ») trouve son origine dans la réponse des communautés de diaspora à une situation de doute portant sur le jour correct de Rosh hodesh (« tête du mois » — autrement dit le premier jour de chaque mois).

  • La proclamation du nouveau mois à l’époque du Temple, en effet, se déroulait à Jérusalem après réception et examen des témoignages de personnes attestant avoir vu la nouvelle lune. Cette information, une fois validée par le Sanhedrin, était ensuite transmise aux communautés lointaines par des signaux de feu allumés sur des collines.
  • A une certaine époque, cette information fut volontairement brouillée, ainsi que nous le rapporte le Talmud (Beïtsah 4b), par des contre-signaux émis systématiquement par les Samaritains le 30ème jour du mois, donnant ainsi à penser que le nouveau mois était peut-être déjà proclamé.
  • Telle fut la raison de l’instauration par les Sages d’un deuxième jour de Fête, la célébration étant certaine de se dérouler, ainsi, sur l’un des deux jours, à la date exacte.
  • Bien que ce doute ne concernât pas, en théorie, la fête de Shavouoth – puisque la date en est mécaniquement déterminée par un compte de sept semaines après Pessah, les rabbins ordonnèrent tout de même son redoublement à l’instar des autres fêtes (R. H. 18a).

■ La suppression de cette procédure de transmission visuelle, et la décision, attribuée à Hillel II en 358 è. c., de fixer le calendrier de manière définitive, connue de tous, aurait pu rendre caduque la pratique du redoublement des fêtes. Les Sages, cependant, maintinrent cette observance en invoquant deux raisons :

  • D’une part, affirmèrent-ils, il est possible que la pratique du yom tov shéni ne fût pas issue d’une réponse du peuple à un problème de transmission, mais d’une taqqanah (« ordonnance ») édictée par le Sanhedrin de Jérusalem aux résidents de la diaspora (Rashi, Beïtsah 4b, s.v. ve-leymah kasavar rav asi) ;
  • Indépendamment de la question de l’origine de la pratique, une autre taqqanah fut de toute manière émise, plus tardivement, instituant le principe de minehag avoteïnou be-yadeïnou, « nous sommes les dépositaires de la pratiques de nos pères », un principe commandant de conserver une disposition quand bien même la cause en a disparu (Beïtsah 4b, Rashi s.v. de-gazrey).

■ Le mouvement réformé en Allemagne, dès la Conférence rabbinique de Breslau en 1846, abrogea cette disposition en considérant que « les seconds jours des fêtes, le huitième jour de Pessah, de même que le neuvième jour de la Fête des Tabernacles n’ont plus de validité à notre époque ».

  • L’une des raisons, notamment, était que parmi les justifications envisagées pour avancer le principe minehag avoteïnou be-yadeïnou, se trouvait un autre principe, shéma yiqalqélou ha-devarime, la « peur que les choses [dans ce contexte : la situation politique] se détériorent ». Autrement dit, la « crainte », due à une malveillance des gouvernements, « que l’on puisse oublier comment déterminer le calendrier ». Une clause, estime le mouvement libéral, qui a perdu toute pertinence de nos jours.
  • D’une manière générale, alors même que le judaïsme libéral cherche à conserver une pratique ancestrale toutes les fois que celle-ci conserve sa pertinence pour une génération donnée, il n’est aucune nécessité à conserver une pratique lorsque les circonstances et les raisons ayant prévalu à son institution ont disparu.

4.3 / Les dix paroles (assérète ha-dibrote) :

■ Le passage des Dix Paroles (Ex. 20, 2-13) est lu trois fois dans l’année dans le cadre de la lecture de la Torah :

  • Lors de la lecture de la parashah Yitro;
  • Lors de la parashah Va-ètehanane ;
  • Lors de la Fête de Shavouoth.

■ Les ta’amime sont des signes graphiques qui, entourant les lettres hébraïques en sus des signes de vocalisation, indiquent la façon dont les versets doivent être cantillés lors de leur lecture publique. La particularité du passage des Dix Paroles est de posséder un double système, les ta’amime apparaissant au dessus des mots, et ceux qui apparaissent en dessous.

  • Lors des deux lectures shabbatiques c’est le ta’am ha-tahtone (« les signes de cantillation du bas ») qui est utilisé, et à Shavouoth le ta’am ha-éliyone (« les signes du haut »).
  • La différence essentielle entre les deux tient au découpage différent qu’ils opèrent. Le ta’am ha-tahtone implique une lecture où chaque verset est lu comme une unité ; le ta’am ha-éliyone, quant à lui, suscite une ligne mélodique où c’est le commandement qui est considéré comme l’unité.
  • L’assemblée se lève pour la lecture des Dix paroles, mais afin d’éviter de montrer que l’on témoigne davantage de respect à une partie de la Torah plutôt qu’à une autre, on appelle alors le rabbin pour une aliyah (une « montée » à la Torah). L’assemblée s’étant levée pour le rabbin, elle peut ainsi rester debout jusqu’à la fin de la lecture sans crainte d’offenser la Torah

■ L’inclusion de la lecture des Dix Paroles dans la liturgie journalière fit l’objet d’une opposition de la part des rabbins dont l’histoire est intéressante.

  • Le Décalogue avait depuis longtemps fait partie de la liturgie du matin au Temple, avant la lecture du Shema. Lorsque fut suggéré qu’il en soit de même dans la liturgie courante après la destruction du Temple, les rabbins s’y opposèrent en raison d’un enseignement développé par les minime (les sectes hétérodoxes de l’époque), selon lequel le Pentateuque entier avait perdu de sa validité excepté le Décalogue (Ber. 12 a).
  • Pour contrer ces allégations, les Dix paroles furent supprimées de l’office.
  • Malgré cette décision, la pratique consistant à se lever pour manifester son respect était bien établie dans le peuple et fut maintenue. Par ailleurs, une valorisation excessive des Dix paroles fut évitée dans la mesure où leur lecture se déroule dans le cadre régulier de l’office.

5 / La lecture du Livre de Ruth :

■ La pratique de cette lecture, mentionnée dans Massékhète sofrime, date de l’ère talmudique. De nombreuses explications sont invoquées pour la lecture du Livre de Ruth à Shavouoth :

  • Selon Rabbi Tanhuma, l’objectif est de pointer les similarités de l’histoire personnelle de Ruth avec celles du peuple juif avant de recevoir la Torah. A l’instar des épreuves et tribulations subies par Ruth, le peuple juif, lui aussi, avait connu souffrance et oppression (Yalkoute Shimoni 596).
  • Selon Abudraham, commentateur du 14ème siècle, la venue de Ruth à Bethlehem aurait eu lieu autour de la période de Shavouoth (Ruth 1 :22). Par ailleurs souligne-t-il, son acceptation de la foi juive fut comme un matane Torah pour Israël.
  • Un autre raison à cette lecture, selon certains, est la volonté d’avoir les trois sections du Tanakh (la Bible juive) présentes dans l’office. Mais pourquoi Ruth ? Parce que dans le Talmud, Ruth est compté comme le premier Livre des Kétouvime (les « Ecrits », « Hagiographes ») – cf. traité Bava Batra 14b.
  • Autre raison avancée : le Livre de Ruth se concluant par une généalogie du roi David (dont Ruth serait l’ancêtre), nous le lisons à Shavouoth parce qu’un misrash (Ruth Rabbah 3:2 ; Yeroushalmi, Beïtsah 2:4) mentionne que David serait mort à Shavouoth. Selon ce texte, aucune offrande ne fut offerte en ce jour, et nous tiendrions là la source du fait que l’on ne consomme pas de viande à Shavouoth mais des produits laitiers.

■ Le Midrash, quant à lui, pose la question en ces termes : « la megillah ne contient ni lois de pureté ou d’impureté. Ni des lois concernant ce qui est interdit ou ce qui est permis. Alors, pourquoi fut-elle écrite ? – pour t’enseigner la récompense de ceux qui accomplissent des actes de bonté ».

  • De nombreux commentateurs invoquent en effet cet aspect comme étant un motif important de la lecture de Ruth à Shavouoth: un enseignement selon lequel notre étude de la Torah n’accomplit rien si elle n’est pas exprimée par une générosité incarnée par des actes. Le traité Yévamote 109b est souvent cité à ce propos : « celui qui dit qu’il n’a que la Torah n’a même pas de Torah».

■ Il y a controverse quant au fait de réciter une bénédiction avant la lecture. La pratique actuelle est de ne pas réciter de bénédiction.

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