
Que faut-il se souhaiter en 2026 ?
Nous vivons un temps de crise spirituelle. La révolution numérique, d’une part, change de fond en comble notre anthropologie, cherchant à imposer le primat du technologique et de la data sur l’expérience humaine. D’autre part, l’individualisme forcené, qui entraîne notre incapacité au bien commun, poursuit ses ravages, profitant de l’écroulement des deux vecteurs classiques de civilisation pour l’individu : la rationalité, la pensée rationnelle, et la spiritualité.
Sans plus documenter ses deux aspects du problème (il en est d’autres, dont l’antisémitisme, désormais mondialisé, n’est pas le moindre), revient donc cette question, lancinante : que faut-il nous souhaiter en 2026 ?
Le problème, crucial aujourd’hui, est celui de « la bonne distance ». Coincés entre la dictature mentale de l’information, et notre espace de vie proche, quotidien, où se déploie nos affects réels, comment nous positionner ? Comment concilier l’animal informationnel que nous sommes devenus, en continuant, tout simplement, à vivre, à être heureux sans débilité ni œillères, avec nos proches ?
La réponse, peut-être, se trouve dans le CHEMA, au troisième paragraphe : « Ve lo tatourou a’hareï levavkhem ve-a’hareï eïnekehm asher zonim a’hareïhem, lem’an Tiskerou… » (« Et vous ne vous égarerez pas après votre coeur ni après vos yeux, qui vous entraînent à l’infidélité, mais vous vous souviendrez… »).
Cette phrase nous dit une chose simple et puissante.
Au-delà de l’espace informationnel que nous récupérons de nos yeux (eïnekhem), et de celui de nos désirs, de nos pulsions et de notre cœur (levavkhem), bref, au-delà des deux sphères principales qui structurent notre expérience du monde, la tradition juive nous dit qu’il est un autre espace, celui du « zekher » (« lema’an tizkerou » -- « vous vous souviendrez ») : l’espace de la mémoire. Attention, il ne s’agit pas de renoncer au savoir, ni à l’adaptation au réel, ni à nos rêves, ce que dit ce passage du CHEMA c’est qu’elles ne suffisent pas pour agir de façon pertinente dans le monde. Elles produisent de l’activité, du bruit, de l’attention, voire du buzz, mais ce qui rend nos actions pertinentes, sages, pérennes, c’est quand elles puisent à la sphère du « zekher », d’une mémoire plus longue que la collecte de nos petites datas ou de nos zig-zags pulsionnels, une mémoire antérieure à nos vies et supérieure à nos existences. Au-delà des yeux et du cœur, le zekher-mémoire puise aux valeurs de notre histoire, et nous replace dans sa ligne directrice. Porté par ce zekher, peut-être alors ne sommes-nous plus comme cette limaille dont les lignes se recomposent à l’infini devant le dieu « événement », qui s’emballe et déplace sans cesse ses aimants. Nous avons alors une colonne vertébrale, l’inconscient de nos textes, une mémoire obligeante, une continuité d’attention. Moins d’action mais plus de liens, moins de data et de bla-bla, plus de pensée et de vision, plus de mémoire, sans doute est-ce le cocktail qu’il faut nous souhaiter en ce début d’année 2026 et, buvant à la source du CHEMA, oser remettre un peu de sagesse dans notre monde…